Rapport CHU « de demain » : des propositions rétrogrades

Lors des Assises nationales hospitalo-universitaires, les ministres de la santé et de l’enseignement supérieur se sont vues remettre un rapport pour construire le CHU de demain, rapport qui affirme une volonté de rupture. Au contraire, à la lecture de ce rapport, on est frappé par une vision tournée vers le passé.

Vouloir donner au CHU une responsabilité territoriale reviendrait à confirmer, voire accroître le caractère hospitalocentré de notre système de santé, à l’heure où au contraire les récents discours des responsables politiques veulent enfin faire reposer notre système de santé sur la médecine de ville.

L’organisation de la santé dans les territoires doit d’abord reposer sur les soins de proximité, sur la médecine de ville, médecine générale et médecine spécialisée, en articulation avec les établissements de soins, privés ou publics. C’est dans le respect mutuel et dans la co-construction que l’organisation territoriale des soins, tournée vers les patients, doit se faire afin de répondre au mieux aux besoins de la population. Il est temps de sortir de cette vision de notre système de santé dont l'organisation est exclusivement basée sur les structures hospitalières. Celles-ci oublient trop souvent la réalité du patient et des territoires au plus près des lieux de vie.

C’est pourquoi la formation des futurs médecins doit s’ouvrir sur la ville, à l'inverse de la situation actuelle puisque la majorité d’entre eux exercera en ville.

Pour la prévention, c’est bien la médecine de ville qui doit être l’acteur principal du dépistage précoce et du repérage. Comment imaginer que les CHU, souvent distants de plusieurs centaines de kilomètres des bassins de vie, puisse assumer ce dépistage précoce ! Les grands centres hospitaliers doivent être recentrés sur la référence et la performance.

Les médecins libéraux partagent avec leurs confrères hospitalo-universitaires la nécessité absolue de réformer le statut hospitalo-universitaire. A l’instar de nombreux pays dans le monde, il faut casser ce lien génétique entre la faculté de médecine et les centres hospitaliers de référence. Contrairement à ce rapport passéiste, il est temps aujourd’hui de revoir les ordonnances Debré de 1958. Soixante ans après, il faut au contraire faire de la faculté de médecine une véritable école professionnelle ouverte vers toutes les modalités d’exercice et tout particulièrement vers la médecine de ville.

La CSMF s’est déjà prononcée pour la fin du statut hospitalo-universitaire. Les médecins libéraux doivent pouvoir accéder à des activités d’enseignement, mais également de recherche. C’est bien vers un statut unique, évolutif et partagé entre le soin, l’enseignement et la recherche, dans les différents lieux où ces trois missions s’exercent, que la profession médicale rassemblée doit s’organiser pour répondre aux défis de demain en matière de santé pour tous les Français.

La CSMF appelle les ministres concernés et le gouvernement à avoir une vraie politique de santé en rupture avec ces vieux schémas tournés vers le passé.


Dr Jean-Paul Ortiz - Président
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jp.ortiz@csmf.org

 

Lundi, 17 décembre, 2018