L'édito du Dr Jean-Paul Ortiz

Bientôt, les femmes iront accoucher chez les pharmaciens !

Edition du Médecin de France du 15 mars 2019

Même si nous sommes à la veille du 1er avril, cette fake news risque de devenir réalité, tant les pharmaciens semblent être la solution à tous les maux de la médecine libérale pour certains politiques ! Après le dépistage, puis la vaccination, voici bientôt le diagnostic et la prescription pour les pharmaciens (si on se fie à l’amendement du député Thomas Mesnier de la République en Marche), en attendant d’obtenir de nouvelles compétences…

Cet amendement est une attaque insupportable contre la pratique des médecins généralistes, dont on banalise, à travers lui, la compétence première, c’est à dire la qualité du diagnostic sur lequel repose la prescription pertinente ; c’est l’essence même du savoir du médecin. Si les pharmaciens prescrivent, alors bientôt Leclerc, Auchan et les autres, pourront vendre toutes sortes de molécules sans ordonnance. Ce n’est pas ce que l’on appelle emmener la santé vers le haut !

Que l’accès aux soins pour tous soit essentiel, c’est une évidence, mais on ne règle pas cette problématique comme un problème de grande distribution. La santé est le bien collectif le plus précieux de notre société, avec une exigence de qualité pour chaque patient. À travers cet amendement, ce qui est inquiétant c’est que depuis quelques semaines, les tensions se multiplient entre le ministère et les médecins libéraux (négociations assistants médicaux, ACI CPTS et maintenant les pharmaciens).

À l’évidence, le gouvernement veut apporter des réponses simplistes en urgence, dans le cadre du Grand Débat National… Mais on ne réforme pas le système de santé sans l’appui des professionnels. Dans le passé, d’autres s’en sont rendus compte à leurs dépens…

La CSMF prendra toute sa place dans les réformes nécessaires, mais à condition que cela se fasse avec les médecins libéraux qu’elle représente.

Dr Jean-Paul ORTIZ
Président de la CSMF

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